Et si on se décomplexait des kilomètres en trail running, en course comme à l'entraînement ?

D’abord effrayants, les kilomètres deviennent rapidement grisants. Mais gare à ne pas vous laisser emporter par ces derniers, car à l’image de l'habit qui ne fait pas le moine, le nombre de kilomètres parcourus ne fait pas le·la traileur·euse, et nous allons vous le prouver !

Chaussure de trail running

Vous êtes peut-être déjà un·e habitué·e des sentiers, dans ce cas, rappelez-vous. Rappelez-vous vos prémices, votre première sortie, le jour où vous avez rejoint le milieu du trail running, celui auquel vous étiez destiné·e. Oui, rappelez-vous ce que vous avez pensé en intégrant cette communauté d’amoureux·euses de la nature : “ plus tard, quand je serai grand·e, je m’alignerai, moi aussi, sur un monument du trail ”. Le monument en question ? Il est fort probable qu’il s’agisse d’un gros morceau, le genre de course à trois chiffres pour ce qui est des kilomètres, et plus encore lorsque l’on parle de dénivelé. En bref, une épreuve qui fiche les chocottes, et à laquelle on veut à tout prix se frotter, parce que tout le monde semble s’y frotter.
Mais justement, devons-nous nécessairement nous essayer à ces courses gargantuesques pour être considéré·es comme membres légitimes de la confrérie du trail ? Doit-on aimer borner pour être traileur·euse ? Les kilomètres nous donnent-ils davantage de valeur ? Ces questions vous ont peut-être un jour traversé l’esprit, surtout si vous avez déjà ressenti une quelconque pression à augmenter votre kilométrage en course, et donc à l’entraînement. Vous savez, le genre de pression qui, dans la vie “ normale ”, vous pousse à vous ranger bien sagement, parce que “ c’est la suite logique, c’est comme ça ”.
En trail running, l’augmentation exponentielle de la distance semble, elle aussi, relever de la logique. Mais vous êtes-vous déjà demandé si cette logique était la vôtre ? Et surtout, si une autre logique était envisageable ? Quel sens donner aux kilomètres ? Nous vous livrons 5 conseils pour que les kilomètres ne soient (enfin) plus un complexe !

1. Ne plus faire du kilométrage une obsession

Vous est-il déjà arrivé de vous donner un seuil minimal de kilomètres à atteindre à chaque séance d’entraînement (et ce, sans préparer un objectif particulier) ? Et avez-vous déjà culpabilisé de ne pas réussir à augmenter et/ou égaliser votre kilométrage d’une semaine à l’autre ? Si la réponse est oui, nous pouvons vous le dire sans langue de bois : les kilomètres sont bel et bien devenus une obsession pour vous. Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas une peine perdue, loin de là !
Tout d’abord, il est important que vous compreniez que cette obsession ne vient pas de vous. Celle-ci est sous-jacente au trail, enfin plutôt de la manière dont l’imaginaire collectif l’envisage. Il faut dire que les non-initié·es nous voyant d’une certaine façon, nous nous imaginons qu’il nous faut à tout prix honorer leur vision des choses. Par exemple, pour eux·elles, le trail, c’est des fous et des folles qui courent jour et nuit dans la boue, le froid, et la neige. Alors, évidemment, avec une telle réputation, comment voulez-vous casser le mythe que l’on se fait de nous ? C’est tellement flatteur d’être vu·es comme des guerrier·ères que rien n’arrête... Bon, c’est vrai, nous sommes des warriors. Nous ne relevons simplement pas du fantasme, puisque nous existons. Et en tant qu’êtres réels, pensants, et bien vivants, nous avons donc la possibilité de dire au monde que l’image qu’il a de nous est faussée. Nous aimons courir dans la nature, certes. Mais de là à dire que nous estimons la valeur d’un défi à son nombre de kilomètres exorbitant, et que nous ne jurons QUE par cela, (au risque d’en décevoir certain·es) ce n’est pas vrai. N’oublions également pas que nous n’avons rien à prouver à personne, sinon à nous-mêmes, et que ne penser les kilomètres qu’en grand et jamais via le plaisir de l’instant présent, c’est perdre l’essence du trail, et de la course à pied en général. Ne nous laissons pas aveugler par la distance : l’errance ne mène nulle part, l’écoute de ses envies, elle, reste le meilleur des guides. Alors, qu’est-ce qui vous ferait réellement plaisir ?

2. Définir vos priorités et ne pas vous éparpiller dans votre programme de courses à pied

Vous courez beaucoup, beaucoup, beaucoup, et vous avez l’impression de progresser ? C’est bien normal. Or, les kilomètres étant une manière de progresser, et ne voulant pas régresser, vous n’imaginez pas revoir ces derniers à la baisse ? C’est bien normal aussi. Mais alors, nous direz-vous, pourquoi envisager une seule seconde diminuer le nombre de kilomètres réalisés à l’entraînement ?
Premièrement, sachez qu’effectuer moins de kilomètres à l’entraînement ne signifie pas que vous ne pourrez pas en réaliser davantage par la suite. Et pour cause, l’entraînement est, par définition, cyclique. Autrement dit, les phases où la charge d’entraînement est conséquente, et les phases de repos se succèdent. En effet, en conservant toujours un volume d’entraînement élevé et en l’augmentant constamment, la progression ne peut avoir lieu que jusqu’à un certain point. Ce stade de progression atteint, votre corps a besoin de repos. Si ce repos ne lui est pas donné, vous tombez alors dans le surentraînement et son lot de désagréments : blessures de fatigue, démotivation, et perte de plaisir.
Bien sûr, si vous préparez une épreuve de 30 kilomètres, effectuer une sortie dominicale de 30 kilomètres se voudra bénéfique puisque cette dernière, à l’instar d’une répétition générale, permettra à votre corps et à votre tête d’assimiler le nombre de kilomètres et la durée d’effort qu’ils auront à parcourir en course. Mais rassurez-vous, si vous projetez de courir un ultra de 180 kilomètres, vous n’aurez cependant pas à réaliser une séance d’entraînement avec tout autant de bornes. Cette distance (plus ou moins) devra être répartie sur une semaine d’entraînement ou approchée au cours d’un “ week-end choc ”. Le principe du “ week-end choc ” étant d’avoisiner le nombre de kilomètres, la durée d’effort, ainsi que le dénivelé que vous aurez à parcourir en course. Bref, vous l’aurez compris, vous consacrer aux kilomètres tout au long de l’année n’est pas une décision pérenne. Par contre, dans le cadre d’une préparation, ces derniers comptent, et vous pourrez alors vous y donner à cœur joie… sans pour autant tomber dans l’excès ! Eh oui, la juste dose, tel est le secret d’un·e traileur·euse qui dure et se bonifie avec le temps.

3. Qui a dit que trail rimait avec kilomètres ?

Trail ne rime pas nécessairement avec kilomètres (et kilomètres avec capacités physiques), de la même manière que trail ne rime pas nécessairement avec ultra distance. Effectivement, un·e traileur·euse n’est pas forcément voué·e à être un·e traileur·euse longue distance, et surtout, n’a aucune obligation de le devenir. Comme nous le disions précédemment, il est essentiel de se détacher de la pensée visant à croire que la consécration des traileurs et des traileuses réside dans le trail running longue distance, et ce, pour plusieurs raisons.
Il y a d’abord votre liberté, qui se suffit à elle-même et qui ne doit, ni ne peut être questionnée. Parce que, quoi que vous décidiez en trail, votre liberté de choisir la distance que vous avez envie de parcourir ne remettra jamais en question celle des autres (pourvu que vous ne leur fassiez pas sentir que leur choix de s’adonner ou non au trail longue distance n’est pas le bon). Ne pas vouloir/pouvoir courir 50, 100, ou 200 kilomètres n’enlève en rien la valeur d’un·e traileur·euse, tout comme courir 200 kilomètres ne rend pas un·e traileur·euse plus méritant·e que celui ou celle ne souhaitant pas monter au-delà de 50 kilomètres.
Ensuite, en partant du principe que l’ultra distance est une consécration, imaginez venir à bout d’une telle course sans avoir pris la peine d’envisager l’après. Justement, que se passera-t-il après ? A-t-on fait le tour du trail ? N’y a-t-il plus rien à voir ? Est-ce fini pour de bon ? Attention, nous n’essayons pas de vous décourager de vous essayer au trail longue distance (et n’avons d’ailleurs rien du tout contre ce dernier), nous pensons simplement qu’avant de se lancer, il est primordial de comprendre pourquoi nous le souhaitons. Sans quoi, il y a de fortes chances pour que nous ne venions pas à bout de notre défi. Par exemple, si notre motivation principale est celle de pouvoir crier sur tous les toits, “ j’ai fait 150 kilomètres ”, et non, par exemple, “ j’ai eu la chance de découvrir une facette de ma personne que je n’aurais certainement jamais pu explorer dans un autre contexte ”, il est alors possible que nous nous rangions sur le bas-côté dès la première difficulté rencontrée.
Bref, trail running ne rime pas avec kilomètres, mais avec plaisir ; et si pour vous, plaisir rime avec x kilomètres, alors faites-vous plaisir ! 

4. L’importance d’envisager la progression au-delà de l’augmentation kilométrique

Nous savons tous et toutes combien la progression est motrice : elle est satisfaisante, plaisante, elle fait du bien à l’ego et au moral ! La bonne nouvelle, c’est que la progression peut être envisagée de multiples manières, et pas seulement en songeant, “ j’ai réussi à courir 10 kilomètres de plus que la semaine dernière ”.
La progression, c’est aussi pouvoir se dire, “ j’ai réussi à réaliser ce parcours plus rapidement que je ne l’avais fait jusqu’à présent ”. Dans ce cas-là, cela signifie certainement que vous avez amélioré votre VMA, soit la vitesse à laquelle votre consommation d’oxygène est à son maximum, et à laquelle vous êtes capable de courir entre 3 et 7 minutes.
Mais la progression ne se limite pas à des paramètres de vitesse ou encore à l’augmentation kilométrique. La progression se mesure aussi au plaisir éprouvé durant l’effort. Parce qu’aimer courir et ne pas s’ennuyer pendant qu’on le fait, c’est toujours bon signe, et surtout, bien utile à un·e traileur·euse !
Il y a aussi la capacité que vous avez à partir courir plus facilement, à enfiler vos baskets avec le sourire, et à ne pas rechigner devant la pluie : là encore, vous progressez en comprenant combien l’inconfort des premières gouttes de pluie n’égale en rien le plaisir d’une sortie.
La progression mentale est également une amélioration de taille à prendre en compte ! Il s’agit ici de votre capacité à ne pas abandonner, à ne pas laisser les éléments extérieurs miner votre moral, ni vos pensées négatives prendre le dessus.
Enfin, il vous est aussi possible de progresser dans la gestion de votre récupération, de votre effort et de vos ravitaillements (à ce propos, vous pouvez jeter un œil à notre article Hydratation et nutrition : 5 conseils pour préparer votre trail)… Des choses qui s’apprennent au fil du temps, et qui, une fois qu’elles sont maîtrisées, ont, à elles seules, le pouvoir de changer la face d’une course.
En somme, progresser revêt bien des visages. Leur point commun ? Une meilleure connaissance de nous-mêmes nous permettant de mieux appréhender notre corps, nos ressources, et les efforts que nous pouvons et VOULONS réaliser.

Trail running

5. Les kilomètres sont-ils une fin en soi ?

Que vous apportent les kilomètres ? Au fond, vous êtes-vous sincèrement déjà posé la question ? Les kilomètres sont-ils une fin en soi ? Leur enchaînement, plus grand est-il, vous paraît-il être une satisfaction ultime ?
Vous nous direz certainement que non, qu’il y a plus, sans pour autant savoir quoi. Les mots qui suivront auront donc pour objectif de vous élancer dans le cheminement d’une réflexion sur la finalité des kilomètres. Si vous les aimez nombreux, toujours nombreux, et de plus en plus nombreux, quelle en est la raison ? Au contraire, si vous les aimez concis et que l’avouer vous fait rougir, il est peut-être temps de vous réconcilier avec vous-même, car personne n’aime vous entendre dire, “ ah, moi ? Je suis un·e petit·e joueur·euse, je me suis inscrit·e sur le petit format ”.
Osez vous questionner. Les kilomètres sont-ils vecteurs de paix intérieure, capables de vous transporter dans un profond état méditatif lorsqu’ils défilent, ou encore messagers d’un agréable sentiment de satisfaction ?
D’ailleurs, en parlant de kilomètres, il est tout à fait légitime de nous demander ce que peuvent bien rechercher les circadien·nes. Vous savez, ces adeptes des courses de 24 heures. Et bien, n’allez pas leur dire que ce qui les intéresse, ce sont uniquement les kilomètres. Bien sûr, au final, c’est ce qu’il reste sur le papier, mais derrière le papier, il y a des hommes et des femmes cherchant à se rendre au-delà d’eux·elles-mêmes. Ces courses aux kilomètres rendent accessible une totale gestion de l’effort : les circadien·nes s’arrêtent lorsqu’ils·elles le souhaitent et repartent de la même façon. Sur la piste et les circuits, comme dans la vie, rien n’est jamais joué. Il est toujours temps de s’y mettre ou de s’y remettre, et les champion·nes des premiers tours ne sont pas forcément celles et ceux qui restent à l’arrivée. L’humilité bascule d’une paire de jambes à l’autre et fait vaciller les certitudes : pourquoi continuer à courir ? Parce que. La réponse est propre à chacun·e.
Décidément, à celles et ceux qui en douteraient encore : les kilomètres apportent bien plus que des likes, pourvu que l’on sache pourquoi on les enchaîne.