Parents et traileurs : comment font-ils?

PARENTS ET TRAILEURS, COMMENT FONT-ILS ?

Vous pensez qu’avoir des enfants n’est pas compatible avec le trail ? Vous êtes parent et traileur·euse et êtes curieux·euse de savoir comment cela se passe chez les autres ? On vous y emmène.Aujourd’hui, nous allons vous parler avec le cœur. Et honnêtement, nous n’avons pas trouvé d’autres façons de le faire. Avez-vous déjà demandé à des parents de vous parler de leur première passion, leur·s enfant·s ? Les masques tombent, les yeux se font plus doux, ne restent que quelques rides malicieuses dessinées par l’amour et la fierté. Ajoutez à cela un peu de leur seconde passion, le trail (qui, c’est bien connu, décuple les sentiments), vous obtenez alors des familles soudées. Ce n’est pas du bonheur en boîte que vous vous apprêtez à découvrir, mais simplement des tranches de vie, faites de rose et parfois d’un peu de noir, du partage d’expériences et des conseils à explorer au quotidien.

QUAND PAPA ET MAMAN FONT DU TRAIL

Le papa, c’est Vincent. La maman, Magali. Le couple a deux filles, Candice (15 ans), et Salomé (11 ans), “ Mémé ” pour les intimes. La veille de leur départ pour Le Grand Raid des Pyrénées®, la famille ne nous a pas seulement ouvert son cœur, mais aussi la porte de sa maison. Au menu, poisson à la rhubarbe (aussi incongrus que parvenir à concilier trail et parentalité), cuisiné avec amour par Candice, un régal. Ne soyez pas jaloux·ses, vous êtes tous·tes convié·es à leur table pour une discussion pleine de sincérité et en toute simplicité, entre amis et traileurs passionnés.

● Une question d'organisation

On s’en doutait, certes, mais cela reste plus facile à dire qu’à faire, même pour Vincent et Magali. Alors que monsieur court pour la gagne et a même remporté l’édition 2019 de l’Ultra Trail Causses Vallées Lot Dordogne®, madame est davantage tournée vers une pratique loisir/plaisir, ce qui ne l’empêche pas de participer à des compétitions. “Il y a une telle différence de niveau entre nous, que même lors d’un footing avec Vincent, je suis toujours en sur-régime”, rit-elle. Alors pour s’entraîner, le couple ne manque pas d’imagination. Magali effectue ses trois heures de trail le samedi matin, tandis que le créneau de l’après-midi est réservé à Vincent. Le traileur se lève d’ailleurs tous les mercredis à cinq heures du matin pour courir vingt kilomètres, et il arrive à Magali de rejoindre son lieu de travail en courant (dix-huit kilomètres). Le jeudi soir ? C’est séance de côtes pour tout le monde, mais pas au même rythme. “ Pendant ce temps-là, Salomé est à sa leçon de couture, et Candice prépare le dîner. Quand on rentre à la maison à vingt heures, on a juste à se mettre les pieds sous la table ”, s’amuse Vincent. D’ailleurs, si vous avez besoin des services de Candice… Trêve de plaisanteries, pour cumuler leurs courses et leurs heures d’entraînement, Magali et Vincent ont bénéficié de l’aide de super-héros que vous connaissez bien, papy et mamie (et leurs capes bien accrochées). “ On peut leur dire merci ! Parce que faire mille kilomètres pour ne partir que trois jours à une course de montagne, ça fait tout de même beaucoup pour les filles ”. 

Pour planifier ses courses, le couple se fixe une réunion annuelle autour d’un calendrier, au mois d’octobre, histoire de mettre en commun les trails cochés. Et quand il y a une date prisée pour deux courses, c’est chacun son tour ! 

● Ne pas perturber l’équilibre familial

“ Quand je sens que j’ai un moment de libre et que cela ne va pas perturber l’équilibre de la famille, je pars courir... J’essaye d’y aller quand mes filles dorment, pour ne pas qu’elles s’en rendent compte. Je veux que cela passe inaperçu. En tant que parent, tu as le souci de passer le plus de temps possible avec tes enfants, alors quand ils sont petits, tu grappilles sur ton sommeil ”, raconte Magali.  

Pour ce qui est des vacances, devinez quoi ? C’est assez sportif ! Chez la famille Hérault, départ en vacances rime d’abord avec course en solo : pendant que l’un se colle à l’effort, le reste de la troupe le rejoint, une fois le trail terminé. Pourquoi ce choix-là ? Vincent, lui, a le souci d’épargner son stress à sa famille, notamment lors de la phase de ravitaillement, qu’il qualifie ironiquement comme étant “ tout, sauf un épanouissement familial ”. Magali, quant à elle, ne peut véritablement lâcher prise et profiter de sa course que si elle sait que ses enfants sont pris en charge par une personne de confiance, et en dehors des sentiers. “ Les vacances commencent après l’arrivée, même si les jours qui suivent nous sommes assez fatigués ”. Candice confirme d’un hochement de tête. Salomé mime un silence-radio qui semble de rigueur. On a compris, il ne faut pas embêter maman après un trail.

Comme vous vous en doutez, les chiens ne font pas des chats. Candice pratique le hiit, et accompagne son papa lors des derniers kilomètres de ses sorties longues, un rituel qui les a rapprochés. “ Mais pour moi, ce n’est pas du tout un rêve de faire un 100 bornes, même si je suis habituée à voir mes parents courir de telles distances… Ce n’est d’ailleurs pas comme les parents de mes ami·es, ils voient les miens comme des extraterrestres, ils sont choqués ”. Salomé, elle, nage et suit aussi ses parents à vélo. Et quand on lui demande si  elle a déjà ressenti une quelconque pression sportive et familiale, la petite fille au caractère bien trempé est catégorique, “ ce n’est pas parce que mes parents sont sportifs que je suis obligée de faire du sport ! ”. C’est dit.

● Et le couple dans tout ça ?

Avant d’être des parents gagas, Magali et Vincent forment un couple solide, forgé par les kilomètres… Et lorsqu’on évoque le sujet, monsieur laisse volontiers la parole à madame. Mais chez vous aussi c’est pareil, non ?

“ La course à pied peut nous rapprocher… Tout comme elle peut aussi nous éloigner, se livre Magali. Si je ne courais pas, je pense que nous ne serions pas ensemble, car pour Vincent, la course à pied est un besoin vital. J’ai mis du temps à m’en apercevoir, et le fait que je cours m’aide à le comprendre, même si j’avoue que trouver sa place auprès de quelqu’un qui a l’habitude des podiums, ce n’est pas toujours simple. Avant, j’étais dure avec lui, je pouvais lui faire la tête lorsqu’il revenait de quatre jours d’absence pour une course… C’était plus fort que moi. Mais maintenant, les choses changent. J’ai compris qu’en lui laissant cette liberté totale de courir, je concourrais à ses victoires, à ma façon ”. Un conseil qui, vous nous l’accorderez, peut trouver son sens chez beaucoup d’entre-nous, mordu·es de trail que nous sommes. Merci Magali, de nous avoir confié ces mots empreints de sagesse et de pudeur, chacun de nous en fera bon usage. C’est promis.

QUAND PAPA SE LAISSE TENTER PAR LE TRAIL... PAR SES ENFANTS !

Dans la famille Jan, il y a le fils aîné, Kevin. Un habitué des podiums, le premier à avoir succombé au charme du trail. Il y a aussi le petit frère, Damien, qui ne cesse d’étonner par sa progression fulgurante. Et enfin, le papa, Gildas, aussi traileur, avec qui vous allez faire connaissance. Rencontre avec un homme qui connaît une paternité épanouie grâce à ses grands enfants… Et au trail.

● Un trio de choc

Gildas n’est pas un novice en course à pied, il collectionne les marathons depuis qu’il a vingt ans. Mais le trail, c’est une grande découverte pour lui. Il n’y avait jamais pensé. “ J’avais arrêté de courir, et pris un peu de poids. Je faisais du foot, comme mon grand, Kevin. Quand il a voulu stopper, je l’ai imité. Il m’a emmené sur les chemins et m’a redonné l’envie de courir, et surtout, l’envie de courir ailleurs que sur du bitume ”. Une fois papa dans la poche, Kevin recrute son petit frère, Damien. “ Il nous a surpris, car à la base, Damien n’a pas vraiment le goût de l’effort. Kevin l’a bien travaillé au corps et à l’esprit, et il a fini par être piqué par le virus du trail… Lui aussi ! ” (rires).

Le père et ses fils essayent alors de composer au maximum avec leurs emplois du temps et vies respectives pour partager un entraînement, une fois par semaine. Pour les courses, c’est la même chose : plutôt ensemble que chacun de son côté. Les bénéfices de ces mêmes départs partagés ne tardent d’ailleurs pas à se faire ressentir chez un papa Gildas… Désormais apaisé. “ Depuis que je cours avec eux, je me mets beaucoup moins de pression en course. Je pense à eux, et je prends un maximum de plaisir ! J’adore aussi lorsqu’on échange ensemble sur le chemin du retour, dans la voiture, à propos du parcours, des paysages, de nos sensations, de tout ce qu’on a vécu ”. La voiture, c’est un peu leur quartier général, un lieu de “ réunions informelles ”, là où tout se décide. À l’instar des 85 kilomètres du Madeira Island Ultra Trail®. Cette course, c’était l’idée de Kevin, l’élément moteur du trio de choc. “ Le jour où il nous en a parlé, il nous a dit qu’il fallait nous inscrire le lendemain, car à minuit il n’y aurait certainement plus aucun dossard de disponible. Ça s’est fait un peu à l’arrache, on n’a pas vraiment eu le temps de réfléchir ”. À l’entendre, Gildas ne regrette rien, et ce fut certainement même l’un des plus beaux coups de tête de sa vie. Cela vous donne envie, n’est-ce pas ? Allez, courez vite faire des bébés.

● Papa traileur et papa supporter

Si ces trois-là n’échangeraient leur passion commune pour rien au monde, c’est aussi parce qu’elle représente une occasion de se challenger. “ On aime se chambrer. L’autre jour, au Marathon du Montcalm®, j’ai dit à Damien que je finirai moins d’une heure derrière lui… Bon, je n’ai pas réussi, mais c’est vrai que si on peut se titiller, on le fait. C’est bon enfant ! ”. 

Derrière les boutades, il y a avant-tout une complicité renforcée entre le papa et ses fils. Il faut dire qu’avec leurs deux grandes virées trail annuelles, Gildas et ses fils ont vécu des moments privilégiés. “ À la maison, les filles en ont un peu marre que l’on parle de ça, s’amuse le traileur. Je les comprends… À force de nous entendre, ma fille a même décidé de courir son premier 10 kilomètres, Kevin lui a fait un plan d’entraînement. Quant à ma femme, elle fait du vélo et cela lui convient très bien ”. D’ailleurs, les filles en question, sachez que votre présence sur le bord des circuits trail est très appréciée. Et ce n’est même pas nous qui le disons, “ c’est plus sympa quand elles viennent, on peut partager avec elles la joie de l’avoir fait ”.

Gildas aussi est supporter, à ses heures perdues. Les premières loges pour encourager ses fils lui vont bien, il ne dit pas le contraire. Seulement, à sa place temporaire de spectateur, il a découvert un revers de la course qu’il n’affectionne pas particulièrement. “ Ce n’est pas facile de voir ses enfants souffrir. Je pense notamment à Damien sur l’Ultra Marin Raid Golfe du Morbihan®, ou à Kevin sur l’Ultra Tour des 4 Massifs®… On ne va pas se mentir, le trail ultra, c’est génial, mais il y a toujours un moment au cours duquel le plaisir sait se faire discret ”. Rassurez-vous, ceci n’est pas une raison suffisante à son sevrage. Il sait pourquoi il court. Après la difficulté vient la fierté, il faut y foncer pour l’envisager. 

● “ En profiter au maximum ”

Bon vivant, lucide, et pas inquiet de quoi demain sera fait, Gildas ne laisse pas de place aux regrets. “ Je sais que le trail en famille ne durera pas toute la vie. Eux, ils auront leurs propres enfants, et certainement un peu moins de temps. Moi, je prends aussi de l’âge mine de rien (rires). Dans tous les cas, je mets un point d’honneur à en profiter au maximum. J’espère que ça va durer encore longtemps. Je déguste ces moments… Oui, ce sont des bons moments ”. 

Des instants de trail qui l’ont rapproché de ses enfants, et pourtant, Gildas ne les quémande pas pour l’éternité. Conscient qu’il ne doit pas être trop gourmand. Des instants de trail précieux, car éphémères, et à jamais inscrits dans le patrimoine familial. Rien ne pourra leur retirer ces virées à la montagne, les genoux égratignés, l’estomac en fringale, le visage salé. Mais ensemble, c’est tout. 

Qu’ils soient grands ou petits, les enfants ne freinent jamais l’ardeur d’une passion. Vous aimez le trail ? Continuez, avec ou sans enfant. Quitte à ralentir votre pratique de manière momentanée. Et n’oubliez pas qu’un des chemins menant à l’épanouissement de vos minis-vous, est celui du mimétisme. Parole d’enfant : regarder papa et maman s’épanouir, c’est beau, c’est inspirant, et cela donne toujours envie de croquer dans leur bonheur… Qu’ils partagent volontiers !
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Manon

Fille, sœur, et compagne de cyclistes. Traileuse* élevée en plein air, à l'école du sport. Particule ultra* en cours d'acquisition. Marathonienne et championne de France Junior 2013 du 10 000 mètres marche athlétique. Mordue d'histoires de sportif·ves.

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